Plantes de la liste noire éditée par le CBNP

Le caractère invasif de certaines espèces pose problème. Le Conservatoire Botanique Méditerranéen de Porquerolles s'est préoccupé de la question et vient d' éditer en ligne plusieurs listes de plantes indésirables.

Désormais, les pépiniéristes ne doivent plus multiplier ces espèces menaçant l'intégrité des habitats.

En tant que pépiniéristes spécialisés dans la flore convecto-résistante en zones pierreuses, artificielles, rayonnantes, ces plantes nous concernent directement. Les plantes de la liste noire éditée par le CBNP qui nous concernent ciblent surtout les genres Agave et Opuntia.

L'agave concerné dans la liste du CBNP est l'Agave américain (= Agave americana, Agave d'Amérique, le nom "Agave" est masculin!) sans doute au sens large, incluant son variant à feuilles marginées.  Nous conservons jusqu'à plus ample informé Agave picta dans notre gamme. En effet, cet agave est plutôt solitaire et ne semble pas s'étaler en colonies extensives. Ce dernier reste utile au jardinier  pouvant l'utiliser pour orner potées et  massifs. Selon notre expérience de terrain, Agave picta est  sensible au gel et n'a pas tendance à s'échapper des cultures.

Ci-dessous, photographies permettant d'identifier Agave americana cv  "marginata" et A. picta qui sont de "faux-amis":

Dscn1323 optCi-contre, Agave americana "marginata" ayant tendance à s'étendre en colonie extensive

 

Ci dessous: Agave picta dont les feuilles sont gracieusement recourbées, de teinte vive. Elle s'étend plus lentement et craint le gel.

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Parmi les Oponces indésirables figurent Opuntia stricta. Ce cactus est des plus néfastes, et cela pour plusieurs raisons: Résistant au gel, ses cladodes se séparent fréquemment les uns des autres et émettent aussitôt des nouvelles pousses. De plus, la plante a une nette tendance à la nitrophilie, elle prospère dans les endroits anthropisés (à proximité des habitations, locaux à poubelles, bord des chemins...), là où les canidés et les humains font leurs déjections!  On  retrouve O. stricta en zones naturelles, en coeur de parc au bord des chemins (Calanque de Marseilleveyre, les Goudes...). Il sera urgent de le contenir sinon de l'éradiquer. Ci dessous: Opuntia stricta à Marseilleveyre sous ambiance desséchante.

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Redoutant l'air à fort pouvoir desséchant (chaud et sec et turbulent), Opuntia ficus-indica (ou son vicariant cacanapa?) ne s'éloigne pas trop de la frange côtière. Menaçant sur les spots à ambiance à "Bowen faible" (La Ciotat, les Maures...), il ne constitue apparemment pas une menace biotique sur la portion calcaire du parc national. Toutefois, il figure dans la liste noire éditée par le CBNP : Aucun pépiniériste sérieux ne devrait le multiplier.

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Ci-dessus, Opuntia stricta (souvent mal nommée "O. vulgaris"), un exemple d'une trop parfaite adéquation avec son environnement, cette peste peut rentrer en concurrence avec la flore native. On la retrouve souvent en position pionnière en habitats thermo-nitrophile, par exemple sur les pentes, en envirronement ouvert, pierreux, même venté.

Opuntia imbricata et rosea figurent eux aussi sur la liste noire du CBNP. Ces derniers sont  convecto-résistants et non-gélifs.  Il semblerait que O. imbricata soit davantage menaçant à Marseille que son cousin  "rosea". On rencontre Opuntia imbricata en coeur de parc : au Mont Rose, vers le Logisson... Malgré un potentiel ornemental indéniable, il  convient de ne plus le proposer au public.

Ci dessous: O. imbricata au Mont-Rose en zone hyper-convective

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Opuntia rosea a quant à lui une affinité pour les environnements convectifs mais a tendance à craindre les ambiances desséchantes. Il constituerait une menace pour le Roussillon et la Provence siliceuse (données lacunaires à compléter).

Parmi les Cylindropuntia, il existe des solutions alternatives destinées aux rocailleurs, jardiniers de zone sèche cactophiles: Opuntia x kelvinensis (un doute subsiste sur l'application de son nom!), Cylindropuntia versicolor, Cylindropuntia spinosior...

Les cactophiles peuvent planter dans leurs jardins les sp. de  Grusonia n'ayant pas la fâcheuse tendance de s'échapper des cultures (consulter la récente Flore de la France méditerranéenne, Naturalia Publ.). Dans le genre Grusonia, G. bradtiana et G. biglovii peuvent constituer des solutions alternatives.

Nous attirons fermement l'attention sur une menace sérieuse planant sur les reliques tertiaire de l'ourlet halophile, et jusqu'ici passée inaperçue: la présence probable d'Opuntia vaseyi ou taxon affine, probablement confondu avec Opuntia engelmanii, Opuntia lindheimerii ou O. phaeacantha (ces derniers ne figurent pas sur la liste noire).

En effet un oponce que  nous pensons se rapporter à Opuntia vaseyi existerait en formation dense aux Goudes et sur les hauteurs du Mont Rose.

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Nous donnons ci-dessous quelques élements de diagnose différentielle. Nous nous sommes basés sur le site Opuntiads.com faisant autorité en la matière.

Opuntia vaseyi  est un cactus de teinte bleu-verte lorsqu'il évolue sur terrain salin, à écologie nettement  littorale, originaire de Californie (U.S.A). Son type a été décrit de "Yuma" en Arizona mais son aire a été plus tard restreinte par Britton & Rose aux côtes californiennes. Son mode végétatif est  tapissant, en "buisson bas" (contrairement à O. engelmanii s'élèvant un peu en hauteur). Ce buisson est toujours dense et compact (contrairement à O. phaeacantha dont l'habitus est diffus). Son dynamisme aux Goudes sur terrains salins suggère une probable halo-résistance. Il se distingue aussi d' O. lindheimerii -avec lequel il partage le fait de posséder des épines jaunâtres- car le type lindheimerii est franchement mésophile, ce que nous avons vérifié par la culture maintes fois et qui est confirmé par le site Opuntiads.com. Le cactus des Goudes diverge un peu du concept "typique" de l'O; vaseyi cependant il s'en rapproche par ses fruits plus ou moins lisses à maturité et des fleurs de teinte rosée à magenta.

Son mode végétatif densément compact, vulnérant, défensif, et sa présumée halo-résistance en font une plante EXTRÊMEMENT MENAÇANTE pour les écosystèmes littoraux, et une menaçe directe pour les reliques tertiaire des ourlets littoraux.

Notes: Cet oponce a été identifié par Christian Coulomb "O. vaseyi" dans un premier temps mais J.M Tison a émis l'idée qu'il pourrait plutôt s'agir d'O. littoralis ("à étudier"). Avec le recul nous pensons qu'il s'agit bien d'O. vaseyi car O. littoralis est bien caractérisé par sa taille élevée, sa couleur vert clair, ses fruits subglobuleux garnis de glochides courts. Le système racinaire d'O. vaseyi traçant pourrait être une adaptation aux sols salins, adéquate pour absorber les condensats aérohalins. Opuntia vaseyi ne figure ni dans la Flore de la Fr. Med. (Tison, Michaud, Jauzein), ni dans la liste noire éditée par le CBNP.

Le site Opuntiads.com  fournit une description et propose des illustrations.  . Ci dessous, une photo d'O. vaseyi au Mont-Rose. Nous donnons sa localisation précise: Mont-Rose: dispersé autour de l'émetteur; Goudes: à la sortie du hameau en direction de Callelongue; jardin privé: jardinière surplombant l'avenue d'Odessa, face à la station-service.

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