1/Les Xéno-mésophytes...

Le parc des Calanques est en situation péri-urbaine. À cause d'une tension évaporative intense en été au dessus de sa surface rocheuse très chaude, nous pouvons raisonnablement croire que son coeur est épargné de l'"invasion" de végétaux xéno-mésophytes. Néanmoins, ses franges sont amplement anthropisées et soumises à des apports divers  (xénophyte = plante d'origine étrangère, mésophyte = plante des environnements ni secs ni humides). Quelques "xéno-mésophytes" se sont acclimatées sur son piémont nord et se maintiennent à proximité des berges, des fossés, des endroits humides, souvent sous le couvert de grands végétaux xérorésistants (Quercus ilex...).

Ci-dessous, nous pouvons citer certaines d'entre-elles, introduites de longue date et curieusement passées inaperçues. Ces données contribuent à l'inventaire de la flore du Parc National des Calanques et témoignent de l'existence de micro-milieux non convectifs au sein de ce dernier.  Cette liste (non exhaustive!) pourra être étayée au fil du temps ! Par la même occasion, nous pensons contribuer à la reconnaissance d' essences peu connues ou oubliées, tout à fait acclimatables dans le secteur bas-provençal.

En ce qui concerne la taxonomie des chênes, nous nous sommes basés sur l'excellent travail en ligne de J.L. Hélardot. J. M. Tison nous a communiquées ses notes basées sur un rigoureux examen de la pubescence stellaire, et une analyse nomenclaturale sérieuse.  Remerciement à J. M. Tison pour son aide précieuse, en souvenir d'une sortie pluvieuse le 24 septembre 2014!

NE PAS UTILISER CES DONNÉES POUR PRÉLEVER QUOIQUE CE SOIT DANS LA NATURE.  CES PLANTES SONT LOCALISÉES DANS LE PÉRIMÈTRE DU PARC DES CALANQUES ET STRICTEMENT PROTÉGÉES PAR LA LOI. CES DONNÉES SONT PUBLIÉES AUX FINS DE RECENSEMENT DES RESSOURCES DE BIOSPHÈRE.

Quercus hybride non identifié alba x ? Quercus virgiliana ? Localisation:  Parc Pastré, arboretum "De Sanderval", en entrée de parc au niveau de la traverse de Carthage,possiblement quelques sujets en contrebas du talus de la piste DFCI. Determinavit Christian Coulomb 2014. Observations: Feuilles de bonne taille, à lobes très larges, nettement asymétriques à la base . Fruits  géminés, mollement pédonculés. Cupule courte. Ne semble pas se resemer de lui-même. Probablement "introduit par la tante du Compte Olivier De Sanderval peu avant la guerre de 1914" (sic!). (Source: Gilles Salvagno, qui le tenait oralement de l'interressé!). Attaqué par l'oïdium chaque année.

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Quercus x vulcanica Borzi 1905? (= frainetto x pubescens)  Possède certains traits du chêne de Hongrie (=Q. frainetto). Localisation: Parc Pastré, arboretum "De Sanderval", sous l'étang. Observations: Traits "frainetto"= Feuilles réunies à l'extrémité des rameaux, à limbe très découpé dans le bas. Fruits larges, trapus et obtus au sommet. Traits "pubescens"= Feuilles à pétioles allongés, peu nervées, pubescentes sur leur face inférieure (Tison!). Ne semble pas se resemer de lui-même. Determinavit Coulomb 2014, avec réserves.

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Frainetto lobes profonds a cote figuier du lac pastre opt

Quercus x battandieri Camus? (Q. coccifera x Q. faginea var broteroi) De tous les chênes de l'arboretum "Pastré", celui-ci nous a posé des problèmes de détermination. Feuilles larges, coriaces, dessus vertes, glabres, brillantes, munies d'épines mucronées, asymétriques à la base. Determinavit Coulomb avec fortes réserves, sur une suggestion de J.M Tison ayant émis des doutes quant à son appartenance à l'espèce ilex. Cet arbre curieux, élancé et rejettant vigoureusement de souche, pourrait être un hybride d'origine lusitanienne. Certaines de ses feuilles plissées rappellent Q. pseudococcifera Desf. (= Q. mesto?). Dans cette éventualité, ses parents seraient : Q. pseudococcifera (= Q. mesto?) et  Q. faginea var. broteroi.

Localisation: Le long du canal, au niveau de l'aire pique-nique, à deux pas de la sablière du château. Observation: Ne semble pas fructifier. Originellement identifié comme une variation de Q. infectoria dont il existe une photo très ressemblante sur le web "Jardin de Sophie / Quercus infectoria". À titre de comparaison, la pénultième image représente le variant lusitanien du Q. coccifera en culture à Marseille: Ses feuilles sont elles aussi fréquemment plissées.

Vert grosse feuilles opt

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Quercus x tabajdiana  Simonk 1886 ? (Quercus frainetto x Quercus petraea). Localisation: Parc Pastré, Arboretum "De Sanderval", sur sables dolomitiques humifères. Observations: Feuilles larges élargies au sommet. Fruits larges, obtus  = traits morphologiques "frainetto"; Feuilles luisantes, fruits  sessiles =  traits morphologiques "petraea". Ne se resème pas naturellement.  Determinavit C. Coulomb 2014 avec réserves.

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 Quercus aff. cerrioides Willkomm & Costa 1859 ? (Q. pubescens x Q. faginea). Localisation: "Petit arboretum en devenir" du Roy d'Espagne, entrée du Roy d'Espagne (Route de Sormiou);  Observations: feuilles superficiellement lobées, à face supérieure luisantes. Chute tardive des fruits (Novembre). Determinavit Coulomb 2014, avec réserves.

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Quercus x anselmi Senn. 1928 ?  Localisation: un spécimen dans le parc Pastré, arboretum "De Sanderval", à proximité de l'étang. Observation: Feuilles elliptiques avec lobes peu profonds et présence de lobules, tomentum abaxial persistant,  glands oblongs à apex en ombilics en saillie à tégument peu épais de type "canariensis". Chute précoce des fruits (début octobre). Determinavit C. Coulomb. Mérite un analyse poussée de la descendance.

Dynamisme:  Ne semble pas se resemer dans le milieu naturel (Semences appétentes consommées par les sangliers? Chute précoce des fruits sur un sol trop sec? Atmosphère à fort pouvoir desséchant provoquant la dessication embryonnaire? )

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Quercus x rosacea Bechstein 1813 (Q. petraea x Q. pedunculata). Localisation: Étang du Parc Pastré. Determinavit Coulomb 2014.

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Quercus brachyphylla Kotschy 1862 (= Q. dalechampii?) Chêne de Grèce. Localisation: 3 spécimens le long de l'allée principale du parc Pastré, quelques autres apparemment subspontanés au bord de la piste conduisant à l'oliveraie. Observations: Feuilles de texture molle à lobes se chevauchant nettement les uns les autres. Glands minces, oblongs, à apex effilé. Marcescence hivernale des feuilles: Affinité avec le grex  pubescens. De tous les chênes xénophytes introduits à Pastré, Q. brachyphylla est celui qui semble avoir réelle une capacité de dissémination à Marseille: Quelques sujets sont visibles dans le matorral  le long de la piste DFCI. Determinavit Coulomb 2014. Photos ci-dessous: Détail du feuillage, allée principale montant au château. La suivante: Sujet subspontané au bord de la piste DFCI.

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Quercus anatolica? ou Quercus x streimii Heuffel ex Freyn 1878 ? (= Q. pubescens x Q. petraea). Planté à Marseille dans les jardins en remplacement du Q. pubescens. Non marcescent mais feuilles persistant tard en saison.  Feuilles luisantes vert sombre. Localisation: Jardin Municipal en face du centre Bonneveine (plusieurs sujets de beau développement), un spécimen imposant traverse de Carthage dans le jardin du Théâtre Nono, un autre dans l'ancienne ferme "De Sanderval". Determinavit Coulomb Oct. 2014, avec doute.

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Quercus congesta C. Presl 1822 (= Q. amplifolia ?) Origine: Sicile et Sardaigne. Determinavit J.M. Tison Novembre 2014. Localisation: Parc de Pastré, deux spécimens près du portail DFCI à l'extrémité de la traverse de Carthage dans l''arboretum "De Sanderval", dont un est inclus dans la propriété. Observation: Chute des fruits très précoce, dès mi-septembre. Feuilles tôt caduques, menues, dures, à tomentum persistant sur la face adaxiale. Glands massifs (épith. "congesta"), luisants, certains claviformes, partiellement recouverts par la cupule. Vicariant xero-thermophile du Q. pubescens. Capacité adaptative nette, quelques individus parviennent à germer sous canopée, cependant la surfréquentation humaine, le passage des sangliers, mettent à mal le développement des plantules.

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Quercus pedunculata Erhart 1789. Chêne pédonculé. Localisation: Récemment introduit dans le parc Pastré, à hauteur du manège à chevaux. Observation: Pédoncules stricts et ligneux. Manifestement stressé au sein d'un environnement convectif, photogène et turbulent.

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Quercus saulii  (Q. alba x Q. prinus). Localisation: Point de vente des Pépinières Laurisiennes à Marseilleveyre. Observation: Cet hybride cultivé en conteneur en ambiance desséchante (air chaud, sec et turbulent) se révèle être extrêmement vigoureux. Aurait un réel potentiel ornemental et adaptatif dans le terroir marseillais.

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Laurus aff. azorica  Localisation: Parc Pastré : sous le couvert de grands végétaux en contrebas du canal, dans les vallons ombragés, jusque dans les fourrés à lentisque de la partie basse du parc. Observé à Marseille dans les vieux jardins privés.  Jardin des Méditerranées au Rayol. Bien que les marqueurs moléculaires n'aient pas mis en évidence un stirp  "azorica" distinct d'un stirp "nobilis" (source J.M. Tison), nous persistons à penser que des marqueurs morphologiques évidents et des affinités écologiques distinctes plaident pour une indvidualisation taxonomique. Les morphotypes  "azorica" sont à leur optimum biotique au coeur d'ambiances thermo-mésophiles, les morphotypes "nobilis" sont quant à eux à l'aise au coeur d'ambiances photo-xériques. Morphologiquement, les phénotypes thermo-mésophiles exhibent des nouvelles pousses rougeâtres, des feuilles d'un vert sombre planes à nervure centrale verte, les morphotypes photo et xérorésistants ont des feuilles à bords ondulés et des nervures centrales jaunâtres.  Le déploiement de morphotypes "nobilis" et "azorica"   au coeur d'environnements distincts au point de vue radiatif et tranchés au point de vue "dissipation énergétique" suggère qu'il existe un effet génotype significatif et un effet environnemental plutôt faible dans l'expression des phénotypes, ce qui peut être interprété dans le sens d'une hérédité au sens large de ces  caractères morphologiques. Au biais épigénétique près, tout se passe comme s'il existait deux entités distinctes: l'une craignant les partitions énergétiques de type "convectif", l'autre redoutant la fermeture des milieux et la saturation hydrique des sols (à Pastré, des phénotypes "nobilis" installés sur prairie artificielle ont dégénéré). Identifié par C. Coulomb en 2014 et cité dans la plaquette d'inauguration du point de vente des Pépinières Laurisiennes à Marseilleveyre sous le nom "écotype sciaphile".

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Vitis quinquefolia, var. gigas C. Coulomb, var. nov. Diagnosis: differt a typus, ex  foliis longis (aliquam 60cm!) Holotypus: Herbier  C. Coulomb "Morgiou, treilles ornant les cabanons" 17/10/2014. Observation: les données biométriques de ce variant diffèrent significativement de celles disponibles dans les publications et les flores récentes.

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Quercus hartwissiana Stev. 1857 = Chêne du Caucase

Determinavit J.M Tison, Novembre 2014. Localisation: Deux beaux spécimens à feuillage vert-clair mais manifestement chlorosé, au bord de l'étang de Pastré, entre étang et canal. Caractères observables: Indument foliaire persistant de type robur/petraea, cupules à écailles gibbeuses.

Macon opt

 

Chêne non identifié

Quercus x "pondaim" (Q. pontica x Q. dentata (= daimyo) ) (Determinavit Coulomb, détermination douteuse)

Localisation: Pastré, à proximité des deux  "hartwissiana", entre étang et canal. Observation: Pétioles d'un jaune franc et glands effilés, couleur ébène. À l'exception de la morphologie des fruits, cet arbre est assez semblable au Q. dentata japonais. Dans la phylogénie des Quercus, la sp. dentata est classée à part et bénéficie d'une section  monospécifique.

Pondaim opt

Maclura pomifera (Raf.) C.K. Schneid.

Localisation: Pastré: Un spécimen mâle planté (?) dans un fossé contre le mur d'une habitation.  Observation: Cité dans le dép. 13 par René Molinier, mais apparemment pas du massif des calanques...

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Celtis occidentalis L.

Localisation: Parc Pastré. Le micocoulier de Virginie se naturalise au fond des vallons frais, sous le couvert de grands arbres. Abondamment planté à Marseille, et notamment dans le huitième arrondissement (Grotte Rolland...), on peut le considérer comme naturalisé.

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Celtis tenuifolia

Cette essence est passée inaperçue et a souvent été interprétée comme une forme chétive de la sous-espèce précédente. Sa reproduction par voie sexuée  nous a convaincue qu'il s'agit positivement d'une espèce stable (qui ne s'hybride probablement pas avec C. occidentalis), présentant des caractères morphologiques singuliers. Celtis tenuifolia émet chaque année des rameaux courts subhorizontaux, pleureurs aux extrémités, des feuilles courtes, rugueuses, insérées de façon subdistique disposée apparemment sur un même plan. Celtis occidentalis émet annuellement des rameaux longs, nettement pleureurs, ses feuilles sont peu rugueuses au toucher, alternes.

On observe deux beaux sujets dans le parc Bortoli (visibles depuis l'avenue du Lancier), il n'est pas rare à Pastré où on le voit près du canal à hauteur de la bastide Granet. Determinavit Coulomb avec l'aval de Robert Giraud (sortie à Pastré, août 2015).